Chapitre 20: Des hauts et des bas
- Stéphanie Dordain

- 13 août 2025
- 3 min de lecture
Ce matin, je me suis réveillée comme si on m’avait écrasé le cœur avec un poids de 30 kilos.
Pas le “petit coup de mou mignon” du lundi matin. Non.
Le genre de mood où tu pourrais écrire la Bible du désespoir en une seule phrase.
La veille, j’avais assisté à l’horreur. Pas celle qui fait frissonner dans les films. La vraie.
La tourada, ici au Portugal.
Des taureaux enfermés des heures dans un camion, frappés, piqués, saignés… pour “divertir” des familles.
J’ai vu le démon grimper sur la grille, blesser l’animal encore et encore.
J’ai senti le métal vibrer, j’ai vu le sang.
Et je suis devenue… une version sauvage de moi-même.
La fille qui bloque un camion en hurlant qu’elle est contrôleuse du droit animal.
La furie qui appelle (au téléphone imaginaire) le ministère espagnol, en direct, devant tout le monde.
Les flics m’ont dit à demi-mot qu’ils étaient de notre côté. Ça m’a tenue debout cinq minutes.
Et puis les enfants sont arrivés, petites robes et yeux ronds.
J’ai pensé : comment on peut amener un enfant voir ça ?
J’ai vu le taureau repartir, banderilles plantées, puis revenir au camion, afin que l’homme le lui retire en lui coupant la chair à vif.
Une journée de torture qui ne finira pas avant son abattage.
J’avais prié, demandé un miracle pour que l'évènement soit annulé.
L’univers m’avait offert un ciel se couvrant d'orange, une tempête venant du Sahara le matin même, comme un présage.
Mais non. Cela a eu lieu.
J’ai fini la nuit les yeux ouverts, le cœur lourd comme du béton.
Ce matin, j’ai demandé aux arbres : Et maintenant ?
La réponse est tombée, toute bête : accepte ce qui est.
Mais “accepter” quand on a envie de hurler, c’est comme demander à une vague de rester sage.
Alors, j’ai fait le seul truc qui me semblait logique : je suis allée voir l’océan.
Les vagues m’ont attrapée comme une vieille amie qui t’ébouriffe les cheveux : “Allez, viens là, que je te rince tout ça.”
En cinq minutes, j’étais lavée. Pas juste de sel — de haine aussi.
La barbarie existe… mais l’amour et la bienveillance aussi.
Tout est là, tout coexiste. La clé, c’est juste de choisir : quelle énergie on nourrit… et laquelle on laisse mourir.
Et c’est exactement là que la vie a décidé de me donner une masterclass : passer de la colère noire à l’organisation de la fête surprise des 90 ans de ma grand-mère.
Déjà, à 90 ans, on dirait qu’elle en a 75. Elle-même te le dira : “Moi ? Je me donnerais 75 ans.” Et elle le dit en toute modestie, évidemment.
On a un truc dans la famille : on vieillit en retard. On est comme les fruits bio : longue conservation.
On a prévu “un petit truc simple” : 60 personnes minimum (au Portugal, ça, c’est un dîner de mardi).
On prépare des cadeaux un peu dégénérés — et comme on est une famille de champions, ma grand-mère est déjà au courant de la moitié de ce qui est prévu.
Elle sait qu’on a loué une salle. Elle connaît la playlist.
Bref, une surprise 50 % fuite organisée.
Entre ma mère qui a des idées farfelues de cadeaux, la tante qui n’est pas d’accord, la voisine qui va toquer chez ma grand-mère pour lui demander pourquoi sa fille a laissé l’invitation sur sa porte (au lieu de lui donner en main propre)… alors que c’est censé être une surprise… On est sur un braquage organisé par l’équipe du Club Med.
Et ma grand-mère, reine de tout ça, me dit :
“J’aime pas les surprises, je préfère savoir. Mais bon, c’est quand même mieux de se réunir maintenant… parce que ça servira à quoi quand je serai morte ?”
Voilà. Du taureau martyrisé à la fête semi-surprise de Mamie, ma semaine a tout eu.
La vie, en résumé : il y a des hauts, il y a des bas…
Et il y a moi, quelque part entre les deux, à préparer les diaporamas avec des photos dossiers… tout en m’enregistrant sur un chant évangéliste portugais-brésilien, parce qu’apparemment, aucune fête de famille ne peut commencer sans une bonne musique rappelant que Jésus est notre sauveur.
Amen ou Aleluia, je ne sais plus.





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