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Chapitre 22 : la peur et le coeur

Il était une fois un homme.

Pas n’importe quel homme.

Un de ceux qui n’ont pas besoin de parler pour qu’on sache.

Elle savait déjà.

Elle le savait à la façon dont l’air changeait autour d’elle quand il entrait.

À la façon dont ses épaules s’abaissaient d’un millimètre, comme si son corps reconnaissait enfin un endroit sûr.

À la façon dont ses yeux, déjà beaux, semblaient soudain éclairés de l’intérieur.


Elle le sentait avant même de le voir.

Une fréquence. Une vibration.

Comme un signal qu’elle captait sans effort, planté directement dans sa poitrine.

Et elle recevait tout : la chaleur de sa présence, la forme de ses pensées, même celles qu’il n’avait jamais osé penser vraiment.


Et lui… il savait qu’elle savait.

C’est peut-être ça qui l’a effrayé.

Parce qu’aimer, vraiment aimer, ce n’est pas seulement se donner :

c’est perdre la possibilité de se cacher.

Et pour beaucoup, ce n’est pas l’amour qui fait peur… c’est l’absence d’endroit où se planquer.


Alors il a eu peur.

Peur du rejet.

Peur de perdre.

Peur de se perdre lui-même.

Et il a choisi la sécurité.

Il a préféré « éviter »


Mais en amour, la sécurité, c’est juste un autre mot pour dire qu’on a fermé la porte.

La peur du rejet nous pousse à nous rejeter nous-mêmes.

La peur de perdre nous fait toujours tout perdre.


Eux, ça a duré soixante ans.

Soixante ans à vivre à côté de leur cœur.

Soixante ans à fabriquer une vie qui sonnait juste assez fort pour couvrir ce silence-là.


À 80 ans, alors qu’ils étaient veufs chacun de leur côté, le hasard — ou le destin — les a réunis.


Et cette fois, ils se sont tout dit.

Ils se sont enfin choisis.


Un an plus tard, elle quitta le monde.


Alors non, ce n’est pas beau.

Ce n’est pas “mieux vaut tard que jamais”.

Vivre toute une vie loin de ce qu’on aime vraiment…

c’est s’éteindre chaque jour un peu plus, jusqu’à ce que la mort ne change plus rien.


Cette histoire est vraie.

Et je pense qu’elle n’est pas isolée.

Certains n’ont jamais eu la chance de se retrouver un jour.

Et cette histoire pourrait devenir la nôtre.

La tienne.

Elle pourrait devenir celle de tous ceux qui ont choisi un jour de renoncer à l’amour véritable… ou de le fuir par peur.

ree

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