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chapitre 8 : remercie la goutte


Il y a des femmes qui donnent.

Pas donner un verre d’eau ou un morceau de leur temps façon politesse du dimanche.

Non.

Elles donnent le robinet entier, la source, la rivière, et parfois même la mer.


Elles donnent leur patience, leurs secondes, leurs pardons, leurs chances bonus, leur énergie, leur lumière, leur douceur, leur force, leur corps, leurs rêves, et tout ce qui reste quand elles n’ont plus rien.


Et en face… il y a ceux qui prennent.

Pas méchamment, pas toujours volontairement, parfois même avec le sourire, mais ils prennent.

Ils prennent parce que c’est confortable.

Parce qu’on leur donne.

Parce qu’on ne dit rien.

Parce qu’on a tellement l’habitude d’être fortes qu’on oublie que ce n’est pas normal de porter le monde à deux mains.


Et toi, tu continues.

Tu continues de donner parce que tu espères que l’amour va finir par te remarquer,

que la compréhension va naître, que le respect va pousser, que la réciprocité va éclore,

comme si l’autre allait soudain se réveiller un matin en s’exclamant :


Oh mon Dieu, mais elle en fait TELLEMENT pour MOI

Spoiler : il ne se réveille jamais ce matin-là.


Parce que lorsqu’on donne trop, on apprend aux autres à ne plus donner du tout.

Et alors arrive ce moment.

Ce moment que toutes les femmes qui aiment trop connaissent par cœur.

Le moment de la goutte.


Oui, cette minuscule goutte.

Celle que personne ne voit, personne ne remarque, personne ne comprend.

Celle qui, objectivement, ne change rien.

Mais qui, intérieurement, change absolument tout.


Elle n’est jamais spectaculaire.

Ce n’est jamais un drame, une crise, un tremblement de terre.

Non.


C’est juste une micro-injustice, une phrase déplacée, un manque d’attention, un silence au mauvais moment, une responsabilité de plus que tu ne devrais pas porter.


La goutte.


Et grâce à elle, oui, grâce, pas à cause, le vase déborde.

Tout déborde.


Toi avec.


Et soudain… tu vois tout.

Tu comprends tout. Tu sens tout.

Comme si ta vie t’offrait enfin des lunettes propres après des mois de brouillard émotionnel.


Tu réalises que tu n’es pas difficile.

Ni trop.

Ni exigeante.

Ni sensible.


Tu réalises juste que tu étais en train de te vider pour remplir quelqu’un qui ne voyait même pas la couleur de ton eau.

Et ce jour-là, au lieu de t’effondrer, tu te redresses.


Tu prends une respiration. Tu regardes la goutte.


Et tu lui dis merci.


Parce que c’est elle qui t’a sauvée.


Pas lui.

Pas l’amour.

Pas le temps.

La goutte.


Celle qui t’a montré que tu mérites un vase qui ne se fissure pas, une réciprocité qui ne s’arrache pas, une présence qui ne se négocie pas, un amour qui ne dépend pas de tout ce que tu donnes mais de ce que vous construisez ensemble.


Et là, tout change. Pas parce que l’autre change.

Parce que toi, tu as changé.


Tu arrêtes de donner pour acheter la paix.

Tu arrêtes de te sacrifier pour sauver les apparences.

Tu arrêtes de croire que l’amour se gagne à force de s’épuiser.

Tu arrêtes de tendre les mains à quelqu’un qui ne tend même pas le regard.


Et tu deviens cette femme rare : celle qui sert, mais ne se saigne plus.

Celle qui donne, mais ne se vide pas.

Celle qui aime, mais ne s’oublie plus.


Alors oui, un jour, remercie la goutte.

Parce qu’elle t’a ramenée à toi.

Elle t’a réveillée.


Elle t’a replacée au centre de ta propre vie. Elle t’a rappelé que tu étais un trésor, pas une source inépuisable.

Et que ceux qui savent vraiment aimer quelqu'un d'autre qu'eux-même … ne prennent pas jusqu’à la dernière goutte.


Ils donnent aussi.



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