Chapitre 5 : Le karma des fernandos
- Stéphanie Dordain
- 22 juil.
- 3 min de lecture
L’univers. Sérieusement. Qu’est-ce que tu fais là-haut ?
Tu testes ma patience ? Ma foi ? Mon humour ?
Ou mes guides sont-ils là, à se plier de rire devant ce qu’ils appellent “le grand jeu de la vie” ?
Parce que cette année, sur les conseils – parfois douteux – de mes amis, j’ai accepté de tenter une nouvelle application de rencontres. Plus de profils, des conversations qui semblent enfin avoir du sens, et peut-être, à la clé, une vraie connexion.
J’étais tranquille, quand il m’envoie un message pour aller boire un jus. Jus de fruits, évidemment.
Avant d’accepter, comme une intuition, je demande :
— Ton prénom, c’est bien celui qui est écrit là ?
Et lui :
— Fernando.
Fernando.
Je l’ai senti dans tout mon corps, cette vibration étrange, ce petit frisson le long de l’échine qui dit : attention, terrain déjà connu.
J’ai répondu aussitôt :
— Ah non. Ça ne va pas être possible. J’en ai déjà connu deux. Pas envie de tenter le triplé gagnant.
Je soupire. Et j’ouvre mon groupe WhatsApp. Pas un de ces groupes qui débordent de selfies et de gifs sans fin. Non. Celui-là, c’est mon cercle solide. Des amis qui se connaissent depuis toujours. Couples, parents, célibataires. Ceux qui savent rire, mais aussi poser des vérités qui piquent.
“LES GARS, TROISIÈME FERNANDO. C’EST QUOI CETTE MALÉDICTION ?”
Réponse immédiate, pleine de sagesse portugaise :
— Steph, respire. Au Portugal ils s’appellent tous Fernando. Ou Luis. Ou José. Ou Manuel. C’est une roulette russe.
Ok. Très bien. Mais sérieusement ? Trois Fernando ? L’univers n’aurait-il pas trouvé plus subtil comme message ?
Et là, une pensée me traverse : et si ce n’était pas un hasard ? Et si c’était mon inconscient qui me rejouait une vieille partition ?
Parce que soyons honnête : je n’ai jamais aimé les rencontres programmées. Dans ma vie, tout s’est toujours fait par hasard. Des coïncidences. Des signes. Des synchronicités.
Mais voilà le piège : quand je me connecte à quelqu’un, vraiment, c’est comme si le reste du monde cessait d’exister. Je deviens cette femme qui voit, respire et rêve la personne.
Et tous les autres deviennent transparents. Leurs petits défauts me sautent aux yeux. Jusqu’au jour où je me retourne et me demande : comment ai-je pu m’accrocher autant ?
Oui, je suis de celles qui aiment sans compter. Même quand l’autre a déjà prouvé qu’il ne méritait pas une telle loyauté.
Et pourtant, je pense encore à Nick. Je n’ai pas envie de rencontrer quelqu’un. Pas envie d’autres bras...
Mais si je veux avancer, il faudrait peut-être élargir le champ.
Ce Fernando semblait parfait. Sauf… ce prénom. Mon red flag personnel.
Pourquoi ? Parce que j’ai déjà connu deux Fernando. Deux échecs cuisants. Et surtout… le Fernando. Le mari de ma tante.
Lui et moi avons une entente tacite : cordialement allergiques.
Monsieur grand médecin portugais, suffisant et sûr de lui, ne supporte pas l’idée que je puisse gagner plus que lui avec mes livres et mes séries. Mes “capsules spirituelles”, comme il aime les appeler, il les résume à “des trucs de voyantes”.
Moi ? Je ne supporte pas son arrogance, son mépris et sa manie de ridiculiser tout ce qu’il ne comprend pas.
Flashback : anniversaire de ma mère.
J’avais réservé un restaurant indien, avec plein d’options végétariennes pour elle.
Lui ? Il annule discrètement et réserve une salle remplie de jambons suspendus et de carcasses.
Moi, veggie, au milieu de cette boucherie, serrant les dents pendant qu’il se délectait de la situation et me demandait en souriant : "Alors, tu aimes l'endroit ?"
Mais je suis une guerrière. Alors je décide de tenter. Peut-être que ce prénom est une épreuve initiatique. Ou peut-être que mes guides se sont inscrits pour une saison de Koh-Lanta : le karma des relations.
Je fais tout de même un petit test avant :
— Est-ce que tu bois ? Est-ce que tu fumes ? Depuis combien de temps es-tu célibataire ? Pourquoi t’es-tu séparé ? Et comment parles-tu de ton ex ?
Lui, calme :
— Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne prends aucune drogue. Et j’aime les femmes ancrées qui savent ce qu’elles veulent. Pas les jeux.
Un homme posé, presque quarante ans. Aligné.
Alors ? Est-ce que j’y vais ? Oui. Parce que je suis une aventurière et parce qu’au fond, je crois encore aux miracles...
Mais je vous le dis : si ce Fernando-là a ne serait-ce qu’un souffle de l’énergie de l’oncle Fernando, je pars allumer un cierge et je demande une exorcisation.