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La cartographie du monde comme boussole identitaire™ par Stéphanie Dordain


Introduction: Déplacer la question de l’identité


La question de l’identité est aujourd’hui majoritairement abordée sous un angle intrapsychique : travail sur le soi, introspection, régulation émotionnelle, croyances, traumas, désirs personnels.


Cette approche est pertinente, mais à mes yeux incomplète.


Elle repose sur un présupposé rarement interrogé : celui d’un sujet pouvant se comprendre de manière relativement autonome, comme si son organisation interne pouvait être pensée indépendamment du monde dans lequel elle s’inscrit.


Dans cet article, je propose un déplacement du point d’observation :


  1. Et si l’identité ne pouvait pas être comprise sans une lecture globale du monde tel qu’il est perçu, organisé et investi par le sujet ?

  2. Et si le sujet ne pouvait se définir indépendamment du système vivant dans lequel il évolue, qu’il influence autant qu’il en est informé ?


C’est sur cette hypothèse que repose le concept de la cartographie du monde comme boussole identitaire™.


1. Polarité, système et projection


Le monde, tel que nous l’appréhendons, fonctionne comme un système de polarités :

  • intérieur / extérieur

  • sujet / environnement

  • observateur / observé


Ces polarités ne décrivent pas une séparation étanche, mais une différenciation fonctionnelle nécessaire à toute expérience consciente.


On pourrait le formuler ainsi :


  1. le sujet occupe une position de référence (0)

  2. le monde perçu constitue un champ relationnel (1)


Il n’existe pas de sujet hors contexte.


L’identité est toujours située, c’est-à-dire inscrite dans une dynamique d’échange permanent avec un environnement.


Les approches issues de la physique quantique ont introduit la notion de projection : la réalité observée serait indissociable de la posture de l’observateur.


Cette lecture est souvent interprétée comme une remise en cause du réel.


Je propose une autre lecture :


La projection n’annule pas la réalité ; elle en constitue un mode d’accès. Le monde perçu n’est ni neutre, ni arbitraire. Il est un champ de signification, co-construit, dans lequel le sujet projette ses structures internes tout en recevant, en retour, des informations constantes sur celles-ci.


2. Le monde comme structure signifiante : la métaphore du puzzle


Pour rendre cette dynamique intelligible, j’utilise la métaphore du puzzle. Le monde constitue une structure globale, complexe, organisée selon des relations d’interdépendance.


L’individu en est une unité fonctionnelle, distincte mais non isolée.


Si le sujet ne perçoit que lui-même, de manière autocentrée :

  • il ne peut identifier sa fonction

  • il ne peut comprendre sa place

  • il ne peut saisir le sens de sa propre configuration


L’identité ne se révèle pas par auto-analyse seule, mais par contextualisation.

C’est la perception du tout qui rend intelligible la partie. Sans représentation globale, la singularité reste opaque.


3. Limites d’une approche exclusivement égocentrée de l’identité


Une grande partie du discours contemporain sur l’identité et le développement personnel repose sur une logique centrée sur l’individu :


  • désirs personnels

  • épanouissement subjectif

  • satisfaction individuelle


Cette approche tend à considérer le monde comme un simple contexte à gérer, voire comme un obstacle à dépasser. Or, cette perspective omet une donnée fondamentale : le sujet est un élément actif d’un système vivant, social, écologique et symbolique.


Le monde n’est pas un décor passif. Il agit comme un miroir systémique, révélant, amplifiant ou mettant en tension certaines structures internes. Plus la focale perceptive est large, plus les informations identitaires deviennent fines.

4. Première étape : la cartographie perceptive du monde réel


La cartographie du monde comme boussole identitaire™ commence par une analyse phénoménologique exigeante :


  • Comment est-ce que je perçois le monde aujourd’hui ?

  • Quelles dynamiques dominantes y apparaissent pour moi (chaos, violence, injustice, déséquilibre, harmonie…) ?

  • Quelle est ma posture affective, existentielle et symbolique face à ce monde ?


Cette cartographie n’est pas objective.


Elle est subjective, située, historiquement et émotionnellement construite.Mais précisément pour cette raison, elle est hautement informative.

La représentation du monde constitue un indicateur fiable de la structuration interne du sujet,

dans la mesure où elle émerge d’un échange continu entre perception, projection et rétroaction.


5. Deuxième étape : la cartographie idéale, le référentiel paradisiaque


La seconde étape consiste à élaborer un référentiel idéal global.


Il ne s’agit pas d’un idéal narcissique, ni d’une fuite utopique, mais d’une modélisation systémique :


  • place des humains

  • relations interspécifiques

  • organisation sociale

  • rapport à la nature

  • climat émotionnel, symbolique et écologique


Ce que certaines traditions nomment le paradis peut être compris ici comme :

une configuration idéale du monde, servant de cadre de référence ontologique.


Ce référentiel agit comme une structure de cohérence, permettant de penser la place de chaque élément en relation avec l’ensemble.


6. L’identité révélée par la résolution des conflits internes


Une fois ce monde idéal cartographié, une question centrale émerge :

Qui suis-je lorsque je me projette dans un monde où les conflits fondamentaux sont résolus ?

Dans cette hypothèse :

les peurs cessent d’organiser la perception, les luttes internes perdent leur fonction défensive, les mécanismes de survie deviennent obsolètes. Ce qui reste n’est pas une construction mentale.

C’est une configuration identitaire essentielle, révélée par la disparition des tensions.


  • Où est-ce que je vis ?

  • Quelle est ma fonction dans cet ensemble ?

  • À quoi est-ce que je contribue naturellement ?

  • Quel est mon mode d’être au monde ?


Cette version de soi n’est pas idéalisée. Elle est dévoilée par cohérence systémique.


7. De la projection à l’incarnation


Contrairement aux approches classiques de la manifestation, il ne s’agit pas ici de créer mentalement un futur désiré.

Il s’agit de : s’aligner progressivement avec une position existentielle déjà identifiée,

dans un système dont on comprend désormais les logiques.

La question devient alors :


Comment puis-je, ici et maintenant, dans le monde tel qu’il est, incarner les paramètres essentiels de cette identité révélée ?

Ce processus relève moins de la visualisation que du repositionnement systémique conscient, où chaque ajustement individuel modifie, à son échelle, l’équilibre global.


8. Hypothèse centrale du modèle


La cartographie du monde comme boussole identitaire™ repose sur une hypothèse structurante :


  • Le vivant fonctionne par interdépendance.

  • Chaque élément du système a une fonction relationnelle.

  • La crise identitaire humaine est en grande partie une crise de perception du tout.

  • Se trouver ne consiste pas à se replier sur soi.

  • Cela consiste à se resituer consciemment dans un ensemble vivant.


Conclusion : Une identité orientée par le monde


Ce concept propose un renversement méthodologique :

L’identité ne se révèle pas uniquement par introspection, mais par lecture du monde, élaboration d’un référentiel global, et repositionnement conscient.


Lorsque la cartographie du monde devient claire, l’identité cesse d’être une question abstraite ou autocentrée : elle devient une position vivante, responsable et signifiante dans un ensemble cohérent.


Enfin, dans un monde par essence mouvant et non figé, la dernière intégration consiste à adopter une posture relationnelle renouvelée : faire du monde et de l’environnement un guide vivant, porteur d’informations permettant un réajustement identitaire continu, plutôt que de les percevoir comme une entité massive, incontrôlable, tenue pour la source ou l’obstacle de notre propre réalisation.

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